Saturday, March 5, 2011

Debray on Sarkozy

Régis Debray on Nicolas Sarkozy, acidulous as always:


Avec l'enfant de la télé, l'ancien blouson doré de Neuilly, la société du spectacle a cédé la place à la société du contact. Plus de formes ni de protocole. Nous avons un pouvoir qui tutoie, et qu'on tutoie. "Casse-toi, pauvre con !" On est passé de la queue-de-pie au tee-shirt. Il faut que le chef soit tout le monde. Marketing oblige. Il faut qu'il soit en prise directe avec l'émotion du jour. On surfe, on virevolte, on bouge avec tout ce qui bouge. C'est l'Etat-Kodak, clic-clac. Une suite d'instantanés.
D'où l'inconstance des positions, et l'inconsistance des personnages. Le plan de vol, c'est le bulletin météo. Ça change tous les jours. C'est la fin de ce que l'historien Ernst Kantorowicz appelait "les deux corps du roi". Le corps physique, éphémère. Et ce que ce corps incarne, un principe immuable. En voyant de Gaulle, on voyait la France au travers, en voyant Gambetta, j'imagine qu'on voyait la République. En voyant Sarkozy, on ne voit plus que lui, et c'est le drame. La télévision empêche de voir double, me direz-vous. Soit. Mais la mystique manque. Il y a trop de corps.
C'est la rançon du direct, du live. Le tout à l'image, c'est le tout à l'ego. Avec la séquence des présidents depuis cinquante ans, vous voyez le lent déclin du symbole et l'avènement de la trace. Prenons 1958, de Gaulle, grand écrivain et mémorialiste ; Pompidou, prof de lettres ; Giscard rêvant à Maupassant ; Mitterrand grand liseur, encre bleue, et belle plume ; Chirac se tourne vers les arts premiers, mais donne encore du maître à l'écrivain ; Sarkozy embrasse Johnny Hallyday.

4 comments:

Anonymous said...

Wonderful paragraph. Thank you!

In the meanwhile, playing with matches leads to...
http://www.rtl.fr/actualites/politique/article/marine-le-pen-7665725352

Myos

Anonymous said...

It's quite remarkable to see how declining revolutionaries and tiers-mondistes like Debray have deteriorated into orthodox maurrassiens and are now apostles for a form of monarchical republicanism that is broadly indistinguishable from the republican monarchism of l'Action française. Note the references to "le corps du roi", "principle immuable", "la France". These people are fundamentally reactionaries and conservatives, franquistes tendance gaulliste - they grieve for an old social order built on privilege and cultural differentiation ; they wholly accept its myths and hypocrisies (de Gaulle, even Giscard on Maupassant! -hardly an improvement over Sarko) . In political battle it can hard to make out the alignment of forces but with the ralliement of these soixante-huitards to national-Gaullism, under the cover of republicanism, and Marine Le Pen's endorsement of the republic the smoke clears and authentic and undeniable affiliations become evident. Because of the strength of anti-liberal tradition in France perhaps we shouldn't be surprised.

Philippe

Mark said...

Debray's not wrong, but I also agree with Philippe that his references are reactionary. On the other hand, a little more respect for the office and a little less for himself would not go amiss.

Anonymous said...

"le corps du roi" merely is one of the basic standards in French historical thought - there's even a development about how that applies to the République although I don't recall by whom.
"une certaine idée de la France" is quintessential gaullist yet speaks to all.