Sunday, January 23, 2011

Edgar Morin and Sarkozy's "Politique de civilisation"

From an Edgar Morin interview in Rue89:

C'est un malentendu. Pendant ses vœux, Nicolas Sarkozy a parlé de « politique de civilisation ». Son conseiller, Henri Guaino, qui connaissait au moins le titre, a eu cette idée. Quelques journaux ont dit que j'avais été pillé. Dans Le Monde, j'ai dit que je ne savais pas ce que Nicolas Sarkozy entendais par là et j'ai expliqué ce que j'entendais par « politique de civilisation ».
Comme je n'avais pas été très agressif, j'ai été invité à rencontrer Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Il m'a dit que pour lui la civilisation, c'était l'identité, la nation, etc. J'ai expliqué : « C'est lutter contres les maux de notre civilisation tout en sauvegardant ses aspects positifs. » La discussion a été cordiale.
Il s'est trouvé qu'en le quittant, je lui ai dit : « Je suis sûr que dans vos discours, vous êtes sincère les trois quarts du temps, ce qui vous permet le dernier quart de dire autre chose. » C'était une petite blague.
Le lendemain, un journaliste l'interpelle sur la « politique de civilisation » et lui a répondu : « J'ai reçu Edgar Morin hier. Il m'a assuré être d'accord avec les trois quarts de ma politique. » Je n'ai jamais vu autant de micros me solliciter après ça.
En France, j'ai eu une tribune assez importante pour que les gens comprennent que je n'étais pas devenu le féal de Sarkozy mais des amis me téléphonaient d'Italie et d'Espagne en me demandant : « Toi aussi, mon pauvre ami ? »
C'était après Kouchner, Amara… Remarquez, grâce à Sarkozy, le livre a été tiré à des milliers d'exemplaires. Ce qui est dommage, c'est que ça n'a pas eu d'influence du tout sur sa politique. Il n'avait pas compris.

Bouvet on Le Pen

Laurent Bouvet offers an interesting analysis of Marine Le Pen's ascendancy that differs in one essential respect from other analyses I have seen.

He begins by noting that the mainstream parties of both Right and Left are afraid of a repeat (or anti-repeat) of 2002, with MLP finishing ahead of either Sarkozy or the eventual candidate of the Left. To be sure, the thought has crossed many minds, and it's not out of the realm of possibility. But let's not get too far ahead of the evidence. At this point, the possibility seems remote, and even though Sarkozy has lost considerable support on the FN side of the party and has reached a nadir in his approval ratings, he still wins handily in all first-round polls that I have seen.

Second, Bouvet, like other commentators, notes the "left-populist" shift in Le Pen's economic rhetoric:

L’évolution qu’elle poursuit, c’est celle qu’elle a elle-même entreprise il y a quelques années en faisant bouger le discours économique et social de son parti vers… la gauche ! D’abord par petites touches, notamment dans son « laboratoire » du Nord-Pas-de-Calais, à Hénin-Beaumont, où elle s’est implantée et désormais de manière plus ample : « À chaque fois qu’un secteur est transféré du public vers le privé, cela se traduit par une régression de l’égalité et par une explosion des coûts. Je suis donc pour un service public des transports, de l’éducation, de la santé, des banques et des personnes âgées. Et je suis également pour l’intervention de l’État dans des secteurs stratégiques : énergie, communications, télécommunications et médias. Je réfléchis par ailleurs à une révolution fiscale qui rétablirait notamment l’équilibre entre le capital et le travail. » (Entretien, Causeur, janvier 2011)

Where Bouvet parts company with other analysts, however, is in his treatment of Le Pen's "social" rhetoric. Instead of seeing her as a "social conservative," he glimpses a new "liberal" voice on issues such as abortion and homosexual rights:


C’est toutefois dans un autre domaine que Marine Le Pen rompt les amarres avec le navire paternel : celui des valeurs morales et culturelles. Elle déclare en effet depuis quelques temps que le Front national est le premier rempart non seulement de la laïcité et de la République mais encore des droits individuels dits post-matérialistes (ceux des femmes et des homosexuels par exemple) contre l’islam, ses lois, ses pratiques et, surtout, ses croyants. L’amalgame constant entre islamisme et islam, entre fondamentalistes et pratiquants occasionnels, entre la variété des pratiques elles-mêmes… tout cela ne compte évidemment pas dans la rhétorique radicale déployée par le néopopulisme contemporain. Ce qui compte, c’est l’extension du domaine de la lutte politique par le FN à de nouveaux terrains et à de nouvelles catégories de la population.
Car en empruntant le chemin ouvert il y a quelques années déjà par le Néerlandais Pym Fortuyn, Marine Le Pen saisit sur le vif les ambiguïtés de l’idéal multiculturaliste qui s’est déployé depuis une trentaine d’années dans les sociétés européennes, et dont le trait commun a été de valoriser, politiquement, socialement et culturellement ce que l’on appelle couramment les « minorités » : les femmes, les homosexuels, les immigrants, les « minorités visibles » qu’elles soient ethno-raciales ou religieuses, etc. Bref, tous les individus dont un des critères identitaires au moins peut les distinguer du groupe majoritaire – celui-ci étant vite réduit aux « hommes blancs hétérosexuels » ainsi qu’on le nomme ironiquement aux Etats-Unis, dont la fonction identitaire et sociale principale est donc de dominer et de discriminer les membres des minorités.
En jetant aux orties le vieux modèle familialiste de l’extrême-droite (anti-avortement, anti-gay…) et en brisant ainsi le lien multiculturaliste unissant les minorités de toutes origines, Marine Le Pen se donne, au nom de la défense des femmes et des homosexuels contre les musulmans, les moyens de séduire de nouveaux milieux et de nouvelles catégories sociales, au-delà de ceux que le FN touchait jusqu’ici. Si elle réussit son pari non tant de dé-diaboliser son parti que de le faire sortir de son carcan électoral en grignotant des voix sur ces enjeux-là, comme c’est déjà le cas sur les questions économiques et sociales, elle pourrait bien menacer les partis de gouvernement notamment à gauche.

Une gauche qui ayant déjà largement perdu son électorat populaire traditionnel (davantage en faveur de l’abstention certes que du vote frontiste) peut difficilement se permettre de voir disparaître encore quelques pans de ce qui lui reste, surtout sur des sujets tels que la défense des droits des femmes et des homosexuels ou encore de celle de la République et de la laïcité. Dans ces conditions, il est difficile de voir comment une gauche qui aspire à gouverner le pays dans la durée pourra longtemps encore éviter de penser à nouveaux frais – et ils seront élevés – son idéal multiculturaliste : en clair la cohérence entre d’une part une inclination devenue quasi-naturelle et sans cesse revendiquée pour le respect absolu de la « diversité » et, d’autre part, son attachement viscéral à la défense et à l’extension des droits de l’individu.

Now, this is a very interesting reading, but is it a correct interpretation of what Le Pen is up to? I am skeptical, for a number of reasons. To be sure, it would be perfectly in keeping with Le Pen's new rhetoric of "republican solidarity" and "defense of laïcité against Islamic fundamentalism" to feign interest in some of the individual rights that have been derived from a laïc understanding of the role of the state. Le Pen may indeed have made some oratorical stabs in this direction. But will such rhetoric really serve her with the working-class voters she is trying to woo? Are what Bouvet calls "post-materialist" rights and minority rights really prime concerns of this group? And what about the well-known and much-studied petit bourgeois support for the FN? Doesn't Le Pen risk alienating this part of her electorate if she moves too far in a "post-materialist" direction? Isn't the fundamental passion that the FN exploits discomfort with "diversity" rather than defense of the droit à la différence?

To be sure, the FN new-style, like other right-wing populist parties across Europe, has been seeking a new form of "reactionary modernism" free of past associations with anti-Semitism, colonialism, etc. The "Islamic occupation" is the centerpiece of Le Pen's effort to reorient her party's symbolism. But I don't see her leading a gay rights parade of opening an FN abortion clinic anytime soon.

Still, Bouvet's analysis is worth considering, not least because it points to a sector of the political space that has not yet been occupied: the socially progressive anti-Islamic space. Perhaps the UMP will see an opportunity there, or Manuel Valls on the PS side. Because on these issues, there is no coherent right-left division.