Tuesday, February 18, 2014

The Political Economy of the Bonnets Rouges Rebellion

Le Monde diplomatique has an interesting piece (h/t G. Henry) on the background of the Bonnets Rouges movement, which has been subject to many contradictory interpretations. One of the earliest was Jean-Luc Mélenchon's, who saw the BR as dupes of capital:

Les manifestations de Quimper et de Carhaix rassemblaient une foule hétéroclite : agriculteurs, salariés menacés de licenciement, mais aussi artisans «étouffés par les taxes», chefs d’entreprise… Il fallait méconnaître l’ampleur de la crise pour ne voir dans ce mouvement qu’une manifestation poujadiste. Les propos de M. Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, dénonçant des «esclaves qui manifestent pour les droits de leurs maîtres (2)», ont été largement condamnés, le sénateur communiste du Morbihan Michel Le Scouarnec parlant même d’un «mépris inacceptable pour des gens qui souffrent». Pour sa part, l’historien Jean-Jacques Monnier déplore l’aveuglement de certains syndicats, passés à côté de la mobilisation en organisant des rassemblements séparés : «Il aurait été possible de réunir toutes les forces en une seule manifestation où le poids des salariés, des syndicats et de la gauche aurait été suffisant pour écarter tout risque de récupération.»
But the most interesting part of the article has to do with the political economy of the Breton region:
La Bretagne sera-t-elle le laboratoire des « pouvoirs réglementaires » que le président de la République souhaite accorder aux régions ? Elle pourrait y prétendre, en raison non seulement des particularités de son positionnement géographique, de son fort sentiment d’identité collective, mais aussi de son clair ancrage à gauche. En 2007 et en 2012, elle a été la région qui a accordé les scores les plus élevés à Mme Ségolène Royal, puis à M. François Hollande.
Son glissement à gauche, amorcé au début des années 1970, est inséparable de l’affirmation d’un « modèle économique breton », aujourd’hui contesté : la modernisation de l’agriculture fut largement portée par les militants de la Jeunesse agricole catholique (JAC), qui ont également donné nombre de cadres locaux au PS. Le développement des industries agroalimentaires a encore renforcé l’influence d’une gauche qui a su conserver un lien privilégié avec les couches populaires, et notamment la classe ouvrière. D’un scrutin à l’autre, la participation électorale reste supérieure à la moyenne, et le Front national obtient toujours des scores très réduits.
Pourtant, alors qu’il jouit toujours d’une position quasi hégémonique, contrôlant, outre la région, les conseils généraux des Côtes-d’Armor, du Finistère et d’Ille-et-Vilaine, ainsi que la plupart des grandes et moyennes villes de la région, le PS semble étonnamment dépourvu d’initiative politique. Certains grands élus déplorent que le Bureau régional d’études et d’informations socialiste (Breis), une structure symbole de la culture régionaliste qui a longtemps été celle du PS breton, ne se soit pas réuni durant toute la crise des « bonnets rouges ». Aux élections municipales de 2008, la gauche a perdu de nombreuses communes de l’Ouest : Morlaix, Landernau, Châteaulin, Douarnenez, Quimperlé, etc. Une érosion de ce réservoir électoral est une menace que les socialistes ne peuvent prendre à la légère.
Le PS avait réussi à capitaliser à son profit la dynamique sociale des grandes mobilisations des années 1970, comme celle contre le projet de centrale nucléaire de Plogoff. En 2014, c’est contre le projet de Notre-Dame-des-Landes, défendu par un premier ministre PS, qu’un vent de fronde se répand. M. Troadec a pris l’initiative d’appeler à la manifestation du 18 février contre la construction de l’aéroport, au risque d’une rupture avec ses « alliés » de Locarn.
Le mouvement des « bonnets rouges », qui doit réunir ses premiers états généraux le 8 mars à Morlaix, pourrait bien témoigner de la profondeur du divorce entre la gauche sociale-démocrate et les couches populaires.