Friday, December 11, 2009

My Contribution to the Counter-Debate on Identity

As I mentioned yesterday, a "counter-debate" on French national identity will be held today at the University of Nantes. Contributions have been solicited from various people outside of France. Here is mine:


De quoi a-t-on peur? C'est la première question qui se pose quand on regarde le tohu-bohu qui passe pour le grand débat sur l'identité nationale lancé par le ministre Eric Besson, dont le portefeuille démesuré confond l'identité, l'intégration, et l'immigration. Car en règle général on ne s'interroge pas sur son identité quand on est sûr d'en avoir une. La crise de l'identité n'afflige que l'adolescent ou la nation qui font face à un avenir incertain, donc effrayant, et qui ne savent pas se résoudre à un certain nombre d'adaptations nécessaires.


À lire la contribution à ce débat du président de la République (Le Monde, tribune, 9 déc.), on pourrait penser que, contrairement à ce que je viens d'affirmer, le peuple français, tout comme le peuple suisse, sait exactement où il veut aller. La peur de l'avenir se situerait, selon le président, entièrement du côté de l'élite, qui ne fait pas confiance au bon peuple. Cette élite souffre, dit-il, « d'une méfiance viscérale de tout ce qui vient du peuple […] ce mépris du peuple […] finit toujours mal ». Étrange raisonnement que celui du président, qui, tout en affirmant que le bon peuple a bien saisi les contours de l'identité nationale en rejetant toute expression trop voyante ou ostentatoire de l'appartenance religieuse, exclut du soi-disant consensus identitaire tous ceux qui justement ne partagent pas ce jugement. Étrange procédure, qui consiste à construire une identité à partir d'une série de dichotomies : peuple/élite, accueillants/accueillis, France du oui/France du non, etc.


Il faut dire que tout n'est pas à rejeter dans ce texte. Il parle, par exemple, de respect de l'autre. Mais il y a, me semble-t-il, une certaine asymétrie dans l'idée de respect telle qu'elle se trouve déployée ici. « Respecter ceux qui arrivent, dit le président, c'est leur permettre de prier […] Respecter ceux qui accueillent, c'est s'efforcer de ne pas les heurter, de ne pas les choquer, c'est en respecter les valeurs, les convictions, les lois, les traditions, et les faire – au moins en partie – siennes ». D'un côté donc on permet, on a le bon vouloir d'accorder, de grâce. De l'autre on a le devoir d'accepter, de subir, de se soumettre, de ne pas choquer, de se montrer humble et discret.


En fait, l'idée force de ce texte, c'est la discrétion, c'est la non-ostentation, pour employer un mot qui figure déjà dans la décision sur le port du voile à l'école. Tout se passe comme si la minorité déjà trop visible pour certains serait contrainte à réparer cette visibilité offensante, provocante, ou agressive par un effort de discrétion, de dissimulation, de dénégation de soi-même. À ce prix, et à ce prix seulement, le peuple accueillant lui permettra de se survivre à elle-même, comme une sorte de fantôme, en prenant désormais « les valeurs, les convictions, les lois, et les traditions » de ses hôtes pour siennes propres. Mais ce n'est pas là la tolérance, c'est la conquête. Et l'idée que la coexistence passe par la conquête bafoue justement l'un des héritages les plus chers de l'âge des Lumières et donc des valeurs, convictions, et traditions de la France : la tolérance. « Rien ne serait pire que le déni », dit le président, en se référant à ce qu'il prend, lui, pour les vœux de la majorité. Mais cela vaut autant, sinon plus, pour les aspirations de la minorité. Il ne faut pas les nier, les bafouer, les reléguer à se cacher derrière une humilité imposée.


3 comments:

satchmo said...

Thanks for posting this, Arthur. For my two cents, I like the way it brings some critical focus back onto the badly-formed question itself and at least hints (in the apt comparison to adolescent anxieties in the second graf) at some (dare I say) "old-fashioned" psychoanalytic tropes to highlight the way the debate is motivated by insecurity and projective scapegoating and blame.

The basic structures outlined in Hofstadter's paranoid style essays seem all too actuel in these situations.

Steven Rendall said...

I had hoped that the debate on identity might lead to a clearer acknowledgment of the fact of France's long-standing diversity while emphasizing the importance of a common adherence to the principles of democracy, equality (including the equality of men and women), the rule of (secular) law, human rights, and the separation of church and state. Silly me.

Steven Rendall said...

Or perhaps, insofar as the official debate has generated a counter-debate, my hopes might be realized after all.